17
avr
2019

UN LIVRE BLANC POUR LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : DES RÉACTEURS AUX ACTEURS !

livre blanc energie 2019 dagnies jeremy

La fermeture des centrales nucléaires programmée d’ici 2025 engendrera une perte de capacité de près de 5.926 MW. À celle-ci s’ajoute la fermeture attendue de plusieurs vieilles centrales au gaz pour une puissance équivalente à 1.546 MW. Enfin, d’ici 2030, le pic de consommation annuel pourrait en moyenne augmenter de 700 MW par rapport à ceux observés ces dernières années (en raison notamment de l’électrification des usages et du transport). La Belgique doit donc retrouver environ 8.172 MW de capacités de charge au cours de la prochaine décennie pour assurer sa sécurité d’approvisionnement et maintenir une indépendance énergétique suffisante par rapport aux pays étrangers.

Dans le même temps, nous devons diviser par deux nos émissions de CO2 d’ici 2030 (par rapport à 1990) pour lutter contre le réchauffement climatique. L’objectif est d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix de production d’électricité (40%) et la consommation finale brute d’énergie (18,5%).

Enfin, il est crucial de maîtriser l’évolution des prix énergétiques et de veiller à ce que la transition ne soit pas punitive, tant pour les particuliers que les entreprises.

Antoine DE BORMAN et Jérémy DAGNIES du CEPESS (le centre d’étude du cdH) démontrent dans leur Livre Blanc qu’il est possible de sortir du nucléaire en atteignant nos objectifs climatiques et en limitant l’impact de de la transition sur la facture.
Pour y parvenir, il faut développer une approche et des mesures qui placent les citoyens au cœur de la transition. Les acteurs sont les entreprises locales, les administrations, le non marchand et les particuliers.
Passer des réacteurs aux acteurs se traduit par :

1. Une modération structurelle de la consommation d’électricité par les entreprises, les administrations, les associations et les particuliers. Nous préconisons l’isolation massive des habitations et bâtiments tertiaires, le remplacement de tous les équipements électriques énergivores par des équipements à faible consommation et de meilleures pratiques industrielles et habitudes de consommation (impact : jusqu’à 1.500 MW). L’isolation des bâtiments permet aussi de réduire la facture d’électricité et les émissions de CO2. Plus d’un logement sur deux est une passoire énergétique (PEB « F » ou « G »). On peut réduire en 10 ans de 30% les émissions qui proviennent du chauffage résidentiel et tertiaire.

2. Une demande d’électricité plus flexible et dynamique par laquelle les entreprises, administrations, prosumers et citoyens consomment plus lorsque l’électricité verte est abondante et moins lors de périodes plus critiques (impact : jusqu’à 1.674 MW).

3. Le développement de capacités de stockage par batterie et inertie thermique à l’échelle des zonings, entreprises, quartiers et habitations : réseaux de chaleur, gestion du « froid » dans le secteur industriel et de la grande distribution, batteries fixes et 500.000 véhicules électriques… (impact : 1.000 MW de capacité supplémentaire).

4. Passer des énergies renouvelables aux énergies citoyennes, soutenues, financées et pilotées par les riverains, administrations, associations et entreprises locales (privilégier l’autoproduction, les coopératives, l’ouverture du capital des investisseurs aux citoyens, les microréseaux de quartier…).

Ces énergies citoyennes peuvent être développées au travers de plusieurs filières : photovoltaïque, biométhanisation, cogénération, petit hydraulique, géothermie… En ce qui concerne l’éolien, privilégier les éoliennes offshores et sur terre, les petites éoliennes. Concentrer les grandes éoliennes le long des axes structurants et sur les zonings industriels (impact : jusqu’à 516 MW de capacité supplémentaire).
Au total, les « acteurs » ont donc un potentiel de 4.690 MW de capacité de charge et de 30,6 TWh de volume de production annuel d’électricité. Cela équivaut pratiquement à 5 réacteurs nucléaires !

Ce mix doit être complété par de nouvelles capacités de stockage (pompage-turbinage), avec l’extension de la centrale de COO et le développement du petit pompage-turbinage (petits bassins, anciennes mines et carrières) (impact : +900 MW).

Cette approche permet de minimiser nos besoins d’unités thermiques au gaz à 5.000 MW (plutôt que 6.000 voire plus) et leur usage durant l’année, avec un impact positif tant sur les émissions de CO2 que le coût du mécanisme de rémunération de capacité. Par ailleurs, en matière de transport, nous proposons une batterie de mesures permettant réduire significativement les émissions de CO2 (-40% d’ici 2030), ce qui viendra aussi compenser les gaz à effet de serre induits par le recours à des unités thermiques au gaz.

Elle permet aussi d’assurer notre indépendance énergétique car nous serons capables de fournir de l’électricité à l’ensemble des entreprises et citoyens, même si les pays étrangers se retrouvent en pénurie d’électricité. L’indépendance énergétique ne signifie pas que nous souhaitons un réseau électrique belge coupé du monde. Au contraire, nous souhaitons aussi renforcer les interconnexions, les échanges d’électrons internationaux et l’Union européenne de l’énergie. Mais elle renforce notre sécurité si demain, certains pays ne sont pas en mesure de nous fournir suffisamment d’électricité.

Concrètement, le CEPESS propose 100 mesures articulées en 11 axes.

You may also like

Publication du livre « Les villes reliantes: Favoriser les liens pour humaniser les territoires urbains » (Presses Universitaires de Louvain)
La qualité du travail du Cepess reconnue par L’Echo
Quelle transition énergétique en Europe ? Retour sur le midi de l’Europe du 6 juin dernier
6 juin à Bruxelles – Les midis de l’Europe: « La transition énergétique: quel rôle pour l’Union européenne ? »