16
déc
2014

Droite néolibérale ou conservatisme immobile ?

antoine

L’Echo, Antoine de Borman

Les manifestants et grévistes nombreux à s’activer actuellement ne représentent qu’une partie des travailleurs. Quelles sont les motivations de ceux qui battent le pavé ? Et qu’en pensent les autres ? Nombreux sont ceux qui sentent confusément que les mesures prises par le Gouvernement fédéral font mal et que de nombreux acquis sociaux sont remis en question. L’ultra-présence de la droite au sein du Gouvernement impliquerait nécessairement que la politique menée soit celle d’une droite dure.

Mais les mêmes ont également la conscience que des réformes sont nécessaires et que l’absence de la gauche permet enfin de s’affranchir légitimement de ses blocages répétés pour répondre à la perte de compétitivité de nos entreprises et préserver notre système de protection sociale, mal préparé à l’allongement de la vie.

Entre ces deux positions, où se situe le véritable problème ? Quelle est l’ambition de ce Gouvernement ? Quelles sont les réformes qui vont profondément modifier l’ordre des choses en Belgique durant les 10 à 20 années à venir ?

Le saut d’index n’est certainement pas une mesure réformiste. S’il fait mal au moment où il est adopté, il s’avère surtout remarquablement contre-productif. A l’heure où le risque principal, au niveau de la zone euro, est celui d’une déflation généralisée, la dernière chose à faire est de diminuer le niveau de vie des ménages. Sans compter que le maigre gain de compétitivité qu’il pourrait apporter risque d’être largement contrebalancé par les troubles sociaux qu’il génère.

Le relèvement de l’âge de la pension, de 65 à 67 ans, pourrait certes être qualifié de mesure réformiste. Mais en réalité, il risque surtout d’être peu efficace. Vu que l’âge effectif de retrait du marché du travail est de 59 ans en Belgique, il vise les rares travailleurs qui sont aujourd’hui actifs jusque 65 ans (même pas 10% de l’ensemble des salariés). Cette mesure pêche par une double absence. Premièrement, l’absence de mesures pour soutenir les travailleurs tout au long de leur carrière afin qu’ils soient prêts à travailler plus longtemps. Le Gouvernement fait même l’inverse et supprime les mesures d’aménagement du temps de travail existantes. Les travailleurs continueront donc à être prématurément épuisés par une carrière éreintante. Deuxièmement, l’absence de mesures qui favorisent l’embauche et le maintien à l’emploi de ces travailleurs. En conséquence, les employeurs ne souhaiteront pas demain embaucher davantage de travailleurs âgés qu’ils ne le font aujourd’hui. Dans ces conditions, c’est surtout le nombre de travailleurs en incapacité de travail qui va augmenter dans les prochaines années.

En réalité, saut d’index et relèvement de l’âge légal de la pension donnent surtout l’impression que le Gouvernement agit comme ceux parmi nous qui sont persuadés que le désinfectant ne soigne la blessure que s’il fait mal.

Le Gouvernement fédéral, au lieu de traduire un programme ambitieux chargé de réformes nécessaire, adopte plutôt une ligne conservatrice. Il prend des mesures aveugles, sans vision véritable et sans volonté de marquer dans la durée l’organisation des institutions belges. L’effort budgétaire est principalement porté sur les dépenses, ce qui se traduit par des efforts gigantesques dans chaque département. A tel point que l’on ne compte plus les Ministres qui demandent d’appliquer une exception à ces restrictions budgétaires dans leurs départements.

L’autre élément majeur démontrant qu’il s’agit d’un Gouvernement conservateur, c’est l’absence de réforme fiscale. Pourtant, la Belgique en a cruellement besoin. D’abord pour veiller à ce que l’impôt contribue efficacement à réduire les inégalités. Dès lors que la totalité des plus-values réalisées échappe totalement à l’impôt, comment cet objectif pourrait-il être atteint ? Mais aussi et surtout pour que les contributions qui pèsent sur le travail soient significativement réduites afin de générer un « choc de l’emploi ». Or nous avons cruellement besoin de ce « choc de l’emploi », tant pour favoriser notre compétitivité que pour renforcer la cohésion sociale, mais aussi pour mieux accompagner les transitions qui sont devant nous : environnementale d’une part, et démographique liée à l’allongement de la vie d’autre part. Une réduction forte du coût du travail dans le cadre d’une réforme fiscale d’envergure aurait un impact beaucoup plus durable qu’un saut d’index.

L’absence d’ambition, toutefois, ne doit pas nous surprendre. C’est le résultat de la composition même de ce Gouvernement et à la présence en son sein d’un parti séparatiste et belgophobe. La NVA entend en effet démontrer que le modèle belge ne fonctionne plus. Rien ne sert donc d’attendre et d’espérer : il ne viendra rien de plus de ce Gouvernement qu’une détermination forte de vider la Belgique fédérale de sa substance et de réaliser des ponctions à la tractopelle tous azimuts qui empêcheront la Justice, la Police, les chemins de fer ou l’inspection fiscale de disposer des moyens nécessaires pour l’accomplissement efficace de leurs missions.

Le fonctionnement de la Belgique risque d’être profondément affecté par l’actuel Gouvernement. Non seulement en conséquence des mesures qu’il adopte mais aussi et surtout par les mesures qui sont absentes de son projet.

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