22
sept
2016

La définition des métiers pénibles reste discriminatoire envers les femmes – Carte blanche

Par Catherine Fonck (Cheffe de groupe cdH au Parlement fédéral), Claude Rollin (Député européen), Dorothée Klein (Présidente des Femmes cdH), Donatienne Portugaels (Vice-présidente des Femmes cdH), Sabine Malric-Smith (Conseillère au CEPESS)

Carte blanche publiée dans Le Soir du 15 septembre 2016, page 24, www.lesoir.be

La définition des « métiers lourds » s’applique essentiellement aux métiers physiques et masculins. Or, dans une série de métiers, notamment dans le secteur des soins, les femmes optent, surtout à partir d’un certain âge, pour des temps partiels. Tout simplement parce qu’elles ne tiennent plus le coup.

Les hommes exerceraient-ils des « métiers lourds » et les femmes, des métiers… légers ? Seulement… 8,5 % des travailleurs indemnisés pour incapacité permanente suite à une maladie professionnelle dans le secteur privé sont des femmes. Discriminatoire, dénoncent les femmes CDH qui demandent une approche équilibrée de la pénibilité au travail.

Définir des critères objectifs

Les syndicats et les patrons ont repris les discussions au sein de la Commission « Pénibilité ».

Pour « modérer » les effets du report de l’âge de la pension à 67 ans, le gouvernement fédéral a chargé les partenaires sociaux de définir des critères objectifs pour une liste révisable de métiers lourds.

Au niveau du gouvernement wallon, le ministre de la Fonction publique a été mandaté, au même moment, pour négocier avec les syndicats une réduction du temps de travail pour les fonctionnaires de plus de 60 ans qui exercent un métier pénible.

Une reconnaissance discriminatoire

Nous demandons une approche équilibrée de la pénibilité du travail, qui tienne compte de la dimension du sexe : selon le Conseil de l’égalité des chances entre hommes et femmes, la reconnaissance actuelle des métiers lourds et des maladies professionnelles est discriminatoire envers les femmes.

En effet, la définition des « métiers lourds » s’applique essentiellement aux métiers physiques et masculins. Les exemples retenus, dans un rapport de la Confédération européenne des syndicats, sont les chauffeurs de bus, les travailleurs des centres de distribution, des fonderies, de la transformation de la viande…

Bref, la pénibilité ne correspondrait pas aux secteurs avec sur représentation de femmes : les employé(e)(s) du nettoyage, les caissières, les métiers des soins aux personnes, etc.

Dans le secteur privé, la notion de « métier lourd » est définie en fonction de critères liés à la répartition du temps de travail (travail en équipes successives, en services interrompus ou avec des prestations de nuit). Contrairement à d’autres réglementations (Finlande, Pologne), notre législation ne fait pas référence à des critères de charge psychique.

À côté de la charge psychosociale, les femmes CDH demandent que l’accumulation de conditions inadaptées au bien-être entre en ligne de compte : le cas typique pourrait être celui de la travailleuse dans un grand magasin qui éprouve des difficultés physiques liées au soulèvement régulier de petites charges (en cas de tendinite, par exemple), la précarité de la situation de travail (contrats courts, intérim…), des difficultés psychosociales dues au type de travail, etc.

Selon une étude de la KULeuven, le critère de « qualité » a permis de regrouper le travail en 7 niveaux, de « travail de qualité » à « travail indécent ».

Il apparaît que les femmes sont surreprésentées dans 3 catégories de travail mal cotées : le travail à perspectives de carrière limitées (60 % de femmes), le travail exigeant émotionnellement (60 %) et le travail indécent (55 %).

Une analyse déséquilibrée

L’analyse des maladies professionnelles se révèle aussi déséquilibrée. Selon le site du Fonds des maladies professionnelles, il y a 6 groupes dans la liste définie : maladies causées par des agents chimiques, de la peau, pulmonaires, infectieuses, causées par des agents physiques, autres.

En outre, d’autres maladies peuvent être reconnues sous certaines conditions. C’est le système dit de la « liste ouverte » : la victime doit prouver que la cause directe et déterminante de sa maladie est liée à son travail. Or, que constate-t-on ? Selon un rapport du Conseil de l’égalité des chances entre hommes et femmes et du chercheur Laurent Vogel (2011), l’importante sous-représentation des femmes « ne semble pas être justifiée par des circonstances objectives concernant leurs conditions de travail ».

La liste des maladies reconnues correspond à nouveau davantage à des emplois masculins dans des industries traditionnelles qu’à la réalité du travail contemporain. Quelques chiffres (2012) : 8,5 % des travailleurs indemnisés dans le secteur privé pour incapacité permanente sont des femmes ; pour le système « ouvert », le taux monte à 32 % de femmes indemnisées. Bref, les systèmes de protection sociale ont été créés à une époque où le modèle était celui de l’homme qui travaille et de la femme qui vient en appoint.

Les femmes ont depuis investi massivement le marché du travail. Nous demandons une nouvelle objectivation des critères de reconnaissance. Même si toutes les fonctions ne peuvent entrer dans une liste de métiers lourds, la future classification doit tenir compte des réalités spécifiques vécues en fonction du sexe.

cb-metiers-femmes

 

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